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L'éco anxiété, levier d'action pour ta transition pro ?

“Quand j’ai reçu ma première patiente éco-anxieuse, j’ai été voir dans le registre de toutes les maladies existantes. Je n’ai rien trouvé. La recherche, en revanche, en parle depuis 1997.” Pierre-Eric Sutter est l’un des rares psychologues traitant l'éco-anxiété en France. La première fois qu’il entend parler d’éco anxiété, c’est avec l’une de ses patientes, en burn out, qui a lu : Comment tout peut s'effondrer ? de Pablo Servigne. Cette rencontre lui crée un premier déclic. Lui-même devenu éco-anxieux en s’informant sur les constats qu'ont fait ses patients sur l’état du monde, il se met en action en créant deux observatoires dédiés et une association : la Maison des Eco-Anxieux. Il prend ce sujet à bras le corps, et passe à l’action à l’aide de ses moyens et compétences, comme il conseille d’ailleurs à ses patients de le faire. Si toi aussi tu penses être éco-anxieux.se, si tu te sens démuni.e face aux enjeux, malheureux.se, coupé.e des autres, enfermé.e dans ce pétrin psychologique, voici ce que Pierre-Eric Sutter en dit, et les outils qu’il propose !

Qu’est ce que l’éco-anxiété ? 

Détresse psychologique, l’éco-anxiété est un mal-être, qui peut conduire à la dépression.

Pendant sa conférence “L’éco-anxiété, une voie pour passer à l’action ?” qui a eu lieu à l’Université Occidentale de Bretagne, en septembre 2023, Pierre-Eric Sutter, pour illustrer ce qu’il se passe dans la tête des éco-anxieux, reprend cette citation de Paul Valéry : “Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortels. Nous sentons qu’une civilisation à la même fragilité qu’une vie.” En France, il y a 2,5 millions d’éco-anxieux. Entre 2021 et 2022, la presse à beaucoup parlé d’éco-anxiété. Le sujet est nouveau, mais bien présent. Pierre-Eric se méfie pourtant de ces sujets sociétaux dont tout le monde parle, car ils peuvent provoquer chez les individus un sentiment de souffrance, sans que ce soit véritablement de ce mal-être dont ils souffrent. L’étude révèle pourtant, qu’en France, 2,5 millions de personnes sont fortement éco-anxieuses, c'est-à-dire en état de devoir consulter un.e psychologue. C’est 5% de la population. “Ce n’est donc pas un effet de mode, mais bien un enjeu de santé publique”, en conclut Pierre-Eric. Il ajoute que “contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que des jeunes.” 

Les symptômes

Il existe deux types de symptômes : des symptômes cognitifs et les symptômes comportementaux. Les premiers sont par exemple les inquiétudes relatives à l’effondrement, les ruminations, les idées obsessives, les conflits de sens par rapport à la société dans laquelle on vit ou encore le sentiment de ne jamais pouvoir en faire assez pour la planète. Et les symptômes comportementaux, sont plus de l’ordre de la violence, du retrait de ses cercles amicaux et sociaux, voire l’isolement.

Une maladie ? 

Lucides, décalés, conscients… C'est plutôt la manière dont Pierre-Eric Sutter décrit les personnes atteintes de ce mal-être. Car ceux-ci se basent avant tout sur des faits que les scientifiques admettent depuis des années. D’ailleurs, lorsqu’il demande aux personnes se considérant éco-anxieuses dans la salle de conférence si elles se sentent malades, personne ne lève la main. “L’éco-anxiété n’est pas une maladie, mais peut rendre malade.

C’est une détresse mentale et psychique face aux enjeux environnementaux. C’est un mal-être, qui, s’il perdure et s’intensifie, peut mener à un trouble anxieux généralisé qui peut conduire vers la dépression.” 

Faire le test

👉 Tu veux savoir si tu es éco-anxieux.se ? Voici le test recommandé par Pierre-Eric Sutter.

Comment sortir de l’éco-anxiété ? 

“Plutôt que de se demander : quel avenir pour l’humanité ? C’est plutôt le présent qu’il faut regarder.”

L'acceptation

Pour parler d’acceptation, le psychologue fait une comparaison avec le cancer. “Des études scientifiques l’ont montré, ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui acceptent le diagnostic et garde leur énergie pour se battre. Ils arrivent par l’auto-persuasion à s’en sortir mieux que ceux qui nient le diagnostic ou le refusent. “Je me suis rendu compte que c’était pareil avec les éco-anxieux, ceux qui acceptent le diagnostic, et garde leurs ressources pour se mobiliser dans l’action, s’en sortent mieux que les autres. Ils s’inspirent aussi des stoïciens, qui parlent de l’importance de “se soucier de ce qui dépend de soi, mais ne pas se soucier de ce qui ne dépend pas de soi.” 

Une peur qui mobilise

Pour le psychologue, la peur est une excellente conseillère. Tout l’enjeu est alors “de passer d’une peur qui immobilise à une peur qui mobilise.” Mauvaise quand elle immobilise, elle est au contraire puissante quand elle nous met en action ! Camille Etienne, militante écologiste fait aussi l’éloge de cette peur mobilisatrice dans son livre Pour un soulèvement écologique, dépasser notre impuissance collective. La peur nous fait voir les dangers, pour lesquels il faut agir. Pour Pierre-Eric Sutter, les éco-anxieux sont d’ailleurs “les éco-ambassadeurs du vivant. Par leur exemplarité, dès lors qu’ils ont réussi à mettre en œuvre leur éco-projet, ils vont provoquer autour d’eux des prises de consciences.” 

“Bienheureux les éco-anxieux, car ils vont agir.”

Quelles actions ? 

“Je suis persuadé que les éco-anxieux sont les ambassadeurs de la transition écologique.”

Le psychologue, donne alors quelques conseils pour réussir à passer du sentiment d’impuissance à l’action et faire de la peur une émotion qui mobilise : 

#1 Commencer par se sentir bien dans sa tête.

#2 Accepter la peur en conjuguant l’émotionnel avec le rationnel.

#3 Se focaliser sur les bonnes nouvelles, voire tenir un journal des bonnes nouvelles.

#4 Trouver des éco-témoins édifiants pour trouver notre éco projet.

#5 S’affranchir de la doxa consumériste, en essayant de conjuguer ses valeurs environnementales avec ce que la société est prête à accepter.

#6 Affronter “la vallée de la mort” en travaillant sur son angoisse de finitude et faire le deuil de la société consumériste dans laquelle on est. Il précise, que ça ne veut pas dire se débarrasser des soins, de la machine à laver ou du frigo, ou du smartphone mais plutôt de se méfier du progrès et de ses effets.

#7 Toujours confronter ses idées au réel, car vouloir imposer ses valeurs écologiques à ceux qui ne le voudront pas, risque de provoquer de la violence. 

#8 Savoir quelles sont ses forces et ses limites pour mettre en place son écoprojet.

#9 Changer son mode de vie pour éviter la dissonance. Sur ce point, le psychologue rappelle d’ailleurs que son métier vise à révéler les contradictions intérieures. “Vous voulez changer les choses mais vous ne le faites pas. Comment ça se passe dans votre tête ?” interroge-t-il la salle.

L’exemple d’un éco-anxieux : Felix Finkbeiner

Pierre-Eric Sutter donne l’exemple d’un éco-anxieux ayant mené un éco-projet d’envergure. En 2007, Felix Finkbeiner a 9 ans, quand il prend conscience des enjeux écologiques. La déforestation de la forêt primaire d’amazonie notamment, le touche. Il partage alors à ses camarades son souhait de planter 1 milliard d’arbres. C’est son professeur qui le fera passer de l’idée à l’action en l’aidant à planter son premier arbre dans la cour de l’école. Cela rend le projet concret et possible. Il en parle alors à ses parents, qui l'aident à créer une ONG. Il fera ensuite à l’ONU, un discours pour obtenir de l’argent et planter son milliard d’arbres. En 2020, il en plante 14 milliards d’arbres. Cette inspirante histoire, qui montre la puissance de l’action individuelle et collective, est partagée dans le documentaire Un Monde Nouveau, de Cyril Dion.

Et le travail dans tout ça ? 

Quand le travail rend éco-anxieux

En 2007, Pierre Eric Sutter a créé le Mars Lab, pour faire de la prévention mentale et environnementale pour les entreprises. Il sensibilise alors les employeurs sur leurs obligations en termes de moyens et de résultats en matière de santé mentale au travail. Et depuis qu’il a fait la connaissance de l’éco-anxiété, il sensibilise aussi les entreprises à ce sujet. “L’éco-anxiété peut venir de l’entreprise et du travail que l’on fait, qui n’est pas toujours en phase avec nos convictions écologiques.” Tu as peut-être entendu parler de dissonance cognitive ? Exercer un travail qui n'est pas en accord avec tes convictions et ta réalité, peut en effet causer de l’éco-anxiété.

Travailler dans la transition écologique, remède à l'éco-anxiété ? 

Travailler dans la transition écologique serait donc l’un des remèdes pour répondre à son éco-anxiété. Comme l’indique le psychologue, comprendre ce qui te touche et choisir un éco-projet en lien avec tes valeurs peut permettre d’agir sur ton éco-anxiété. 

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Pour terminer, il nous semble utile de te rappeler qu’il y a un juste milieu à trouver quand on décide de s’engager dans la transition écologique pour agir sur son éco-anxiété. Agir c’est bien, mais attention à ne pas en perdre de plumes ! En effet, en travaillant toute la journée sur ces enjeux de société, souvent lourds, tu peux aussi ressentir de l'éco-anxiété. Fais donc bien attention à te concentrer sur ce qui te fais du bien et à te déconnecter de temps en temps. ;)

Pour aller plus loin

👉Tu peux lire le livre de Pierre-Eric Sutter : Bien vivre son éco-anxiété, qui permet à chacun de développer sa réflexion et son action pour faire face à l'éco-anxiété.

Pour passer à l’action

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