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Big quit : la grande démission touche t-elle la France ?

En 2021, 48 millions d’américains ont demandé la rupture de leur contrat de travail. L’ampleur de ce mouvement est telle qu’on lui a donné un nom : The Big Quit, la Grande Démission. Comment s’explique cette Grande Démission ? Est-ce que la France est touchée par le phénomène ? Est-ce inquiétant ou au contraire plutôt positif ? 

Pourquoi parle-t-on de Grande Démission ? 

En 2020, le psychologue et universitaire londonien Anthony Klotz inventa ce terme de Grande Démission, anticipant une fuite massive des travailleurs sur le marché de l’emploi post covid. Et Anthony avait vu juste, puisqu’en 2021, les Etats-Unis ont connu des vagues de démissions historiques avec plus de 48 millions de départs de salariés, sachant que 40% n’avait pas d’emploi au bout. Industrie, commerce, services, fonction publique, la révolution salariale a lieu dans tous les secteurs d’activité.

Selon Anthony Klotz, il y a 4 explications à ce phénomène  : 

  • Ceux qui voulaient démissionner avant le début de la pandémie attendaient que le confinement passe pour le faire.
  • Les salariés ont pris du recul sur leur métier et sur leur état d’épuisement professionnel. “Le burnout généralisé” les a selon lui poussé à quitter leur emploi. 
  • La crise du covid a donné du temps pour se poser des questions, revoir son rapport au travail et le sens qu’on veut lui donner et envisager un changement de carrière plus en adéquation avec ses aspirations.
  • Le travail à distance a donné le goût de la liberté et de l’autonomie aux salariés. 

En quoi le big quit touche la France ? 

La France est concernée par la grande démission

Début 2022, il y a eu 520 000 démissions au niveau national par trimestre (cdd et cdi), selon la Dares. 470 000 étaient en contrat à durée indéterminée. Le taux est élevé mais pas inédit quand on compare ces chiffres au pic de démission après la crise de 2008. Les entreprises françaises font aussi face à des demandes de rupture conventionnelle du contrat de travail, avec un chiffre record de 454 000 ruptures en 2021. 

Démissions ou ruptures conventionnelles

Quand on parle de Grande Démission en France, les employés ont opté pour deux modes de rupture des contrats de travail. 

La rupture conventionnelle

Depuis 2008, le droit du travail permet la rupture conventionnelle, un mode de rupture de contrat qui peut être à l’initiative de l’employeur ou du salarié. Lorsqu’elle est choisie, elle nécessite que l’employeur ou le salarié remplisse une convention de rupture sur le site du Ministère du Travail : TéléRC. La signature d’une convention doit en revanche être faite par les deux parties. L'autorité administrative dispose alors d'un délai d'instruction de 15 jours ouvrables à compter de la réception de votre demande pour l’homologuer ou non. Le salarié qui bénéficie d’un accord de ce type, reçoit ensuite :

  • une indemnité spécifique. Le montant de l'indemnité spécifique de rupture est calculée selon le salaire et l’ancienneté du salarié. 
  • des allocations-chômage (dans un délais de 7 jours ouvrés une fois ton inscription faite en tant que demandeur d’emploi au Pôle Emploi).
  • une Indemnité Compensatrice de Congés Payés (ICCP) s' ils n’ont pas été pris avant la fin de contrat. 

La démission

Pour la démission c’est un peu différent, elle est à l’initiative du salarié, qui peut en faire la demande par oral ou via une lettre de démission. Le départ est soumis à un délai de préavis qui dépend de l’ancienneté dans l’entreprise et des modalités du contrat de travail. Lors de la rupture, l’employeur remet ensuite au salarié l'un des exemplaires du reçu pour solde de tout compte. Le salarié ne touche normalement pas d’indemnité de la part de l’entreprise, mais peut toucher des aides de l’Etat sous certaines conditions:

  • les salariés ayant travaillé de manière continue durant 5 ans peuvent bénéficier des Allocations de Retour à l’Emploi (ARE) suite à une démission dans la perspective d’une création ou reprise d’entreprise.
  • Pôle Emploi donne aussi le droit aux allocations chômage au bout de 4 mois, en cas de démission considérée comme légitime par le régime d'assurance-chômage.  

👉 Plus d’infos ici

Big Quit, et après ? 

Certes, les besoins en main d'œuvre en augmentation dans certains secteurs peuvent paraître inquiétants. Mais est-ce vraiment positif d’atteindre le plein-emploi quand la majorité du capital humain ne se sent pas bien au travail ? Les vagues de démissions sont un phénomène en lien avec le contexte du marché du travail. 

Un contexte propice à la recherche d’emploi

L'offre et la demande de travail jouent actuellement un rôle dans cette Grande Démission. Le nombre de personnes au chômage en France étant en baisse et le taux d’emploi en hausse, les employés pèsent plus dans le rapport de force actuellement. D’ailleurs le fait même que le Biq Quit n'ait pas généré une hausse du nombre de chômeurs est plutôt positif et indique que beaucoup se sont reconvertis. En 2021 en France, 49% de la population active avait envisagé, initié ou réalisé une reconversion.

Les salariés, en quête de meilleures conditions de travail…

Les raisons des départs sont aussi ancrées dans un contexte bien différent de celui de 2008. Les salariés sont en quête de bien-être, de flexibilité et d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Les embauches d’une main d'œuvre qualifiée sont difficiles dans certains secteurs après le covid comme l'hôtellerie restauration, le bâtiment ou l’aide à domicile. En cause : les horaires, la précarité, les conditions managériales, les rémunérations. Les départs montrent ainsi le refus des salariés de continuer de subir au travail.

…Et en quête de sens

Dans un contexte climatique inquiétant, les salariés sont aussi en quête de sens. Dans les médias, on a beaucoup entendu parler des démissions de jeunes diplômés, prêt à se passer de salaires intéressants pour faire une reconversion professionnelle et trouver du sens ou avoir un impact positif sur la société. Pour le collectif “vous n’êtes pas seuls”, qui aide les salariés des grandes entreprises à quitter leur poste, la désertion est même un acte politique. C’est un moyen de “construire l’après”, un monde plus solidaire et plus engagé en faveur de la transition écologique.

Comme toutes crises, cette Grande Démission peut être le déclencheur de changements sociétaux. Plus d’écoute envers les besoins des salariés de la part des employeurs, une insertion professionnelle tournée vers les autres et vers des structures qui répondent aux enjeux majeurs de notre époque : écologiques et sociaux. 

Si toi même tu es tenté.e par le big quit et que tu cherches à donner plus de sens à ton travail, on te conseil de :

Pour aller plus loin

👉 Quelle est la différence entre démission et rupture conventionnelle ?

👉 Faire le point avec les bilans de compétences 

👉 Où se renseigner pour une reconversion professionnelle dans l’impact ?